Votre prothèse vient de casser, elle bouge un peu trop, ou elle a simplement beaucoup vécu. Avant de payer une énième réparation ou de vous lancer dans un appareil neuf, quelques critères simples permettent de trancher, et en Belgique, le calendrier de l’INAMI pèse aussi dans la décision.

L’essentiel à retenir : la plupart des casses se réparent, ce qui évite souvent de devoir refaire l’appareil. On s’oriente vers un remplacement quand la prothèse ne tient plus malgré un rebasage, qu’elle recasse au même endroit, qu’elle arrive en fin de durée de vie ou que votre bouche a changé. Entre les deux, le rebasage ou le regarnissage offre une troisième voie. Et si votre prothèse approche des sept années civiles fixées par l’INAMI, une réparation peut la faire tenir jusqu’au moment où un remplacement sera remboursé.

Réparer, rebaser ou remplacer : trois options, pas deux

On présente souvent le choix comme binaire. En réalité, face à une prothèse dentaire abîmée, il existe trois réponses, et la bonne dépend de ce qui cloche vraiment.

  • La réparation : la prothèse a subi des dommages ponctuels (fracture nette, fissure, fêlure, dent décollée, crochet cassé), mais elle tenait bien avant l’incident. Une réparation de prothèse dentaire au laboratoire la remet en service, souvent dans la journée. C’est aussi la voie d’une réparation urgente ou d’une réparation rapide quand vous ne pouvez pas rester sans appareil.
  • Le rebasage ou le regarnissage : la prothèse ne casse pas, mais elle bouge. Avec le temps, la résorption gencivale modifie l’appui et l’ajustement se dégrade. Le regarnissage ajoute une fine couche de résine à l’intérieur de l’appareil ; le rebasage refait la base en gardant les dents. Dans les deux cas, on retrouve stabilité et confort sans tout refaire.
  • Le remplacement : l’appareil est usé, mal adapté à une bouche qui a changé, ou il casse à répétition. Là, réparer ne ferait que retarder l’échéance.

Si votre prothèse vient tout juste de casser, commencez par les bons réflexes décrits dans notre guide prothèse dentaire cassée : que faire ?. Ici, on s’intéresse à la question suivante : une fois la casse constatée, faut-il garder cet appareil ou en changer ?

Gros plan d'une prothèse dentaire en résine avec une fissure sur la base

Réparer ou remplacer : les 6 critères d’un prothésiste

Aucun critère ne décide seul. C’est leur combinaison qui fait pencher la balance, et c’est exactement ce que nous regardons quand une prothèse arrive au laboratoire dentaire.

Critère Plutôt réparer (ou rebaser) Plutôt remplacer
Tenue en bouche Elle tenait bien avant la casse, ou retrouve sa stabilité après un rebasage Elle bouge encore malgré un rebasage récent
Fréquence des casses Casse isolée, après une chute ou un choc Elle recasse au même endroit, pour la troisième fois
Nature des dommages Fracture nette, fissure, fêlure, dent décollée, crochet cassé Morceaux manquants, casse en plusieurs fragments sur une résine usée, squelette métallique cassé
État de la résine et des dents Résine saine, dents peu usées Dents artificielles très usées, résine poreuse ou fatiguée
Évolution de la bouche Une dent naturelle perdue : une adjonction de dent sur la prothèse partielle suffit souvent Plusieurs extractions, appui profondément modifié
Coût cumulé Une réparation ponctuelle Des réparations qui s’additionnent d’année en année

Quelques cas méritent une précision. Un dentier cassé en deux, net, sur un appareil qui tenait bien, se répare en général sans difficulté. À l’inverse, si le squelette métallique de votre prothèse est cassé, la réparation n’est malheureusement pas possible : nous vous orientons alors vers une solution adaptée. Et pour le crochet, tout dépend de la casse, comme nous l’expliquons dans notre article crochet de prothèse cassé : réparation possible ?.

Enfin, un point de méthode : le prothésiste évalue l’appareil, pas votre bouche. Si la prothèse blesse, si vos gencives ont changé ou si une douleur persiste, c’est votre dentiste qui doit vous examiner avant toute décision.

Le calendrier INAMI, ce critère qu’on oublie

Les pages qui traitent de cette question n’en parlent presque jamais. Pourtant, en Belgique, le moment où vous remplacez votre prothèse change beaucoup la facture.

La règle des sept années civiles

Selon la nomenclature des soins dentaires de l’INAMI, une seule prothèse est autorisée par mâchoire et par période de sept années civiles, et l’année civile du placement compte comme la première des sept. Concrètement, une prothèse placée en 2020 ouvre une période qui court de 2020 à 2026 : l’assurance obligatoire peut de nouveau intervenir pour un appareil neuf à partir de 2027. Selon Partenamut, ce remboursement des prothèses amovibles n’est en outre possible qu’à partir de 50 ans, sauf accord préalable.

Réparer pour tenir jusqu’à la bonne date

La même nomenclature prévoit une intervention pour la réparation d’une prothèse amovible une fois par prothèse et par année civile, et une intervention pour le remplacement de la base (le rebasage) deux fois par mâchoire sur la période de sept ans. D’où une stratégie simple :

  • votre prothèse est en sixième ou septième année et elle casse proprement : une réparation la fait souvent tenir jusqu’au début de la nouvelle période ;
  • elle bouge mais ne casse pas : un rebasage peut prolonger sa durée de vie ;
  • elle est récente mais mal adaptée : parlez-en à votre dentiste, un remplacement anticipé ne sera en principe pas remboursé.

Votre dentiste et votre mutualité peuvent vous confirmer l’année de placement enregistrée et la part exacte qui vous reviendra : c’est la seule donnée fiable pour votre cas.

Prothésiste examinant une prothèse amovible sous une lampe de laboratoire

Le vrai calcul : réparation contre prothèse neuve

Selon Partenamut, on observe en Belgique des prix allant de 500 € à plus de 1 500 € pour une prothèse complète traditionnelle. Face à ce montant, le bon réflexe est de demander un devis de réparation avant de décider : tant que l’appareil est sain, réparer reste en général la solution la plus raisonnable.

Le calcul s’inverse quand les réparations se répètent. Une fracture réparée, puis une dent décollée, puis un nouveau renforcement quelques mois plus tard : chaque intervention s’ajoute à la précédente, et leur total finit par se rapprocher du prix d’un remplacement de prothèse dentaire, sans jamais régler le problème de fond (appui usé, fatigue des matériaux). Pour un appareil fragilisé, un renforcement préventif peut casser le cycle ; s’il ne suffit pas, mieux vaut investir dans une nouvelle prothèse amovible sur mesure.

Une nouvelle prothèse, ce n’est d’ailleurs pas seulement un coût : c’est un ajustement neuf, des dents qui mordent de nouveau correctement, et souvent un vrai gain de confort à la mastication. Fabriquée au laboratoire avec des matériaux acryliques de qualité, elle repart sur de bonnes bases.

Faire durer la prothèse que vous gardez

Que vous répariez ou que vous remplaciez, l’entretien quotidien décide de la suite. Une prothèse bien entretenue casse moins, garde son ajustement plus longtemps et vous évite des réparations inutiles :

  • un nettoyage matin et soir avec une brosse à dents souple et une solution de nettoyage adaptée aux prothèses, jamais un dentifrice abrasif ;
  • manipulez l’appareil au-dessus d’un lavabo rempli d’eau, pour amortir une chute ;
  • évitez l’eau bouillante et les chocs thermiques, qui fragilisent la résine ;
  • faites contrôler l’ajustement dès que l’appareil bouge, sans attendre la fissure.

Avec les années, le tartre s’incruste dans les micro-porosités de la résine. Un détartrage aux ultrasons suivi d’un polissage au laboratoire redonne un appareil propre et lisse, et c’est souvent l’occasion de repérer une fêlure avant qu’elle ne devienne une fracture. C’est tout l’objet de notre service de nettoyage et remise à neuf de prothèse.

« On me demande souvent si ça vaut encore la peine de réparer. Je réponds franchement : si l’appareil tenait bien et qu’il a juste pris un coup, on répare, et c’est rapide. S’il bouge, on regarde d’abord avec votre dentiste si un rebasage suffit. Mais quand la même prothèse revient pour la troisième fois, ou que la résine est usée jusqu’à la corde, je conseille de la refaire. Réparer encore, ce serait vous faire perdre de l’argent. »

Gaëtan Vanelven, prothésiste dentaire – Labo Vanelven

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